Chaque jour, sur les côtes françaises, la mer avance puis recule, avec une régularité d’horloge et des horaires qui changent pourtant sans arrêt. Ce va-et-vient millénaire n’a rien de mystérieux : il est l’œuvre d’un astre situé à près de 400 000 kilomètres, la Lune.
Sur une plage de Bretagne ou de Normandie, le paysage change du tout au tout en six heures : là où les enfants jouaient au ballon le matin, les vagues viennent lécher la digue l’après-midi. Les marins, les pêcheurs à pied et les ostréiculteurs vivent au rythme de ce mouvement depuis toujours. Mais que se passe-t-il exactement, là-dessous ?
La Lune tire l’eau vers elle
Tout commence par la gravité. La Lune attire la Terre, et elle attire un peu plus fort le côté de la planète qui lui fait face, là où se trouve l’océan le plus proche. Cette attraction soulève légèrement l’eau : un « bourrelet » liquide se forme du côté de la Lune. C’est la marée haute.
De l’autre côté de la Terre, un second bourrelet se forme aussi, par un effet de bascule : la Terre est légèrement « tirée » vers la Lune, et l’eau du côté opposé reste en arrière, comme l’eau d’un seau qu’on déplace brusquement. Deux bourrelets, diamétralement opposés : voilà le cœur du phénomène.
La marée n’est pas la mer qui « monte » toute seule. C’est la Terre qui tourne à l’intérieur d’une enveloppe d’eau déformée par la Lune.
Pourquoi deux marées par jour
La Terre tourne sur elle-même en 24 heures, entraînant avec elle les côtes et les ports. En une journée, un point donné de la côte traverse donc les deux bourrelets d’eau : deux marées hautes, séparées par deux marées basses. Chaque cycle dure environ 12 heures et 25 minutes, et non 12 heures pile, parce que pendant ce temps la Lune s’est elle aussi un peu déplacée sur son orbite.
C’est pour cela que les horaires des marées glissent chaque jour : la pleine mer d’aujourd’hui à 10 heures aura lieu vers 11 heures demain. Les annuaires de marées, publiés chaque année pour chaque port, ne font que calculer à l’avance cette mécanique céleste d’une précision redoutable.
Le Soleil s’en mêle aussi
La Lune n’est pas seule à tirer sur les océans. Le Soleil, bien que beaucoup plus éloigné, est si massif que son attraction compte elle aussi. Quand le Soleil, la Lune et la Terre sont alignés (à la nouvelle lune et à la pleine lune), leurs forces s’additionnent : les marées sont alors plus amples, ce sont les « vives-eaux ». Quand ils forment un angle droit (aux quartiers de lune), elles se contrarient partiellement : ce sont les « mortes-eaux », aux marées plus discrètes.
C’est pendant les grandes vives-eaux, notamment autour des équinoxes, que l’on observe les fameuses grandes marées, avec des coefficients qui affolent les pêcheurs à pied… et les parkings des stations balnéaires.
Un phénomène qui façonne les côtes
Les marées ne sont pas qu’un spectacle : elles sculptent les paysages, rythment la vie marine et ont même inspiré des projets d’énergie renouvelable, comme l’usine marémotrice de la Rance, qui produit de l’électricité grâce au va-et-vient de l’eau depuis les années 1960.
Des marées spectaculaires ailleurs dans le monde
Si les marées françaises sont déjà impressionnantes, certaines côtes du monde offrent des spectacles encore plus extrêmes. Dans la baie du Mont-Saint-Michel, la mer peut se retirer sur des kilomètres à marée basse puis revenir à une vitesse surprenante, d’où le célèbre dicton qui invite à la prudence. Au Canada, la baie de Fundy connaît les plus grandes amplitudes de marée de la planète, avec des différences de niveau vertigineuses entre basse et haute mer.
À l’inverse, en Méditerranée, les marées sont à peine perceptibles : mer presque fermée, l’amplitude y reste très faible. C’est la forme des côtes et des fonds marins qui amplifie ou atténue le phénomène : un estuaire en entonnoir, comme celui de la Seine ou de la Gironde, concentre l’onde de marée et peut même créer un mascaret, cette vague qui remonte le fleuve à marée montante.
Alors la prochaine fois que vous verrez la mer se retirer au loin, pensez-y : ce n’est pas elle qui s’en va. C’est la Terre qui tourne, et la Lune qui tire les ficelles, comme elle le fait depuis des milliards d’années.
